Revenu universel ou pas?

Benoît Hamon et d’autres proposent pendant cette campagne d’instaurer par étapes un revenu universel. Le montant et les financements diffèrent pour chacune des propositions mais on tourne dans les mêmes chiffres entre 700 et 800€. On pourrait se demander pourquoi Jean Luc Mélenchon et la France Insoumise ne le proposent pas. A première vue le concept va dans le sens de la redistribution des richesses. Je vais tenter de vous expliquer pourquoi ce revenu est une mesure purement libérale et un piège électoral.

Le revenu universel remplit-il ses objectifs?

Examinons les arguments avancés pour le revenu universel, il y en a 2 principaux:

Le premier argument évident est la lutte contre la pauvreté. La pauvreté touche presque 9 millions de personnes en France. Il est clairement urgent d’éradiquer cette pauvreté. Le problème d’un revenu universel inférieur à 800€, c’est que pour un coût exorbitant, il n’arrive même pas à remplir cet objectif! Le seuil de pauvreté à 60% est en effet en France de 1 008 €. On en est bien loin. La proposition de la France Insoumise est de remonter immédiatement les minimas sociaux au niveau du seuil de pauvreté et ainsi d’éradiquer la pauvreté immédiatement dans notre pays pour un coût bien moindre estimé à 10 milliards d’euros (seulement 1/4 de ce qui a été mobilisé pour le pacte de responsabilité avec aucun résultat tangible). Cette mesure est complétée par une hausse du SMIC net à 1300€ dans le programme de la France Insoumise.

L’autre argument avancé est de changer le rapport au travail et de donner le choix aux Français dans un contexte de robotisation qui va supprimer l’emploi petit à petit. Ce raisonnement est plutôt intelligent, mais le revenu universel sous cette forme n’y apporte encore une fois aucune solution. En effet, avec un revenu de 800€, est-ce qu’on a vraiment le choix de quoi que ce soit? Est-ce vraiment un choix de se jeter dans la pauvreté? Est-il raisonnable de penser que le monde du travail humain est déjà terminé? Nous pensons que non. Notre réponse à ce problème est dans la réduction du temps de travail qui va permettre d’adapter progressivement la société à ses mutations. Faisons un petit retour en arrière sur les 35h: elles ont permis de créer 400 000 emplois directs pour un coût très bas de 13000€ par emploi créé. Les faits montrent que la voie de la réduction du temps de travail est la bonne pour tenir compte des gains de productivité apportés par la technique. Nous proposons dans un premier temps de rétablir l’application de vraies 35h puis de se diriger dans un 2ème temps vers la semaine de 32h.

A quoi renoncer pour le financer?

Nous avons vu que l’intérêt de ce revenu est très limité, mais le vrai piège réside dans les moyens de le financer. Le coût exorbitant de cette mesure oblige à remettre à plat tout notre système d’aide sociale pour les fusionner dans ce revenu. Benoît Hamon a tenté maladroitement d’expliquer le financement prévu, mais même dans ses explications, le compte n’y est pas et on en est très loin. La fondation Jean Jaurès a étudié les moyens de financement possibles de ce revenu universel et il apparaît que pour pouvoir le payer, il faudrait basculer tout le financement de la sécurité sociale à l’intérieur de ce revenu. On parle bien ici d’une disparition de la sécurité sociale et du système de retraite par répartition. Tout les soins de santé devraient à partir de ce moment là être payés grâce à ce revenu universel à peine suffisant pour se nourrir et se loger. Nous pensons à la France Insoumise que ce prix à payer est inacceptable.

Le deuxième risque encouru est la poursuite de la casse du code du travail déjà bien engagée par les gouvernements successifs. Avec un revenu universel en place, la baisse des salaires est forcément à prévoir et on arrivera certainement à un point auquel même le SMIC sera remis en cause. Cette mesure présente un risque énorme pour tous, classe moyenne comprise car elle serait touchée par la baisse des retraites et des salaires.

Le revenu universel, sous ses apparences sociales, est donc bien un cheval de Troie du système libéral. Une mesure dangereuse qui permettra à terme la remise en cause de tout notre modèle social en favorisant de l’infra-emploi sans aucune protection et sans aucun droit (type ubérisation et auto entrepreunariat ou passage forcé à temps partiel).

Des alternatives?

Outre la réduction du temps de travail, les propositions de Bernard Friot ont été étudiées. Malheureusement, même si elle sont très abouties elles supposent de socialiser l’ensemble de la plus value et des moyens de production. Bien que très étudiée et très intéressante dans le modèle de société qu’elle présente, il paraît difficile d’arriver à ce résultat sur le prochain quinquennat.

Je laisse le mot de la fin à JLM explique la position de la France Insoumise sur le revenu de base:

4 comments

  • MP

    D’accord avec vous sur ces faiblesses du revenu universel. La majorité des gens souhaitent avoir une (ou plusieurs) activité(s). Limiter le temps de travail c’est une option logique mais pas bien adaptée à tous les métiers. C’est mieux si le temps de travail soit un choix.

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  • Schrempp christine

    Très bon article informatif. Mais n’ y a t il pas une erreur de chiffre sur le coût du passage aux 35h: 1300€ ou 13000€ ?

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  • Schrempp christine

    N’y a t il pas une erreur de chiffre sur le coût de emplois créés par le passage aux 35h. 1300 ou 1 3000€ ?
    Sinon très bon article informatif. Je partage.

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    • Christophe Argento

      Non le coût public est bien de 13 000 €. Merci de votre partage.

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